Quand un porteur de projet me contacte, il sait toujours ce que son produit doit faire. C'est normal : c'est son métier, et c'est la raison d'être du projet.
Ce qu'il mesure beaucoup moins, c'est ce que cela implique, côté logiciel comme côté matériel. Le risque d'un projet de borne n'est pas dans ce que l'on imagine. Il est dans tout ce qui ne se voit pas.
Voici les cinq questions qui reviennent le plus souvent quand je cadre un projet avec un client.
1. Le parcours de votre client est-il vraiment défini ?
On sait ce que la borne doit vendre, mais rarement comment le client va s'y prendre, écran après écran. Combien d'étapes avant de payer ? Que voit-il s'il hésite, s'il se trompe, s'il revient en arrière ?
Un parcours flou se paie deux fois : en développement, parce qu'on le corrige en cours de route, puis sur le terrain, parce que des clients abandonnent avant d'avoir payé. C'est souvent le premier point sur lequel j'accompagne mes clients.
2. Que doit-il se passer quand ça ne fonctionne pas ?
On imagine toujours le produit qui fonctionne. Beaucoup plus rarement ce qu'il doit faire quand il ne fonctionne pas.
Le paiement est accepté mais la machine ne démarre pas. Le courant est coupé en plein cycle. Le réseau tombe au mauvais moment. Chacune de ces situations arrivera tôt ou tard, et chacune demande une réponse claire : le client est-il remboursé, son crédit est-il conservé, l'exploitant est-il prévenu ?
Ces cas ne se voient pas en démonstration. Sur le terrain, ce sont eux qui font la différence entre une borne fiable et une source de litiges.
3. Le matériel est-il choisi, et adapté ?
Certains clients arrivent avec un terminal et un fournisseur déjà choisis, d'autres partent de zéro. Dans les deux cas, la question mérite d'être posée avant tout développement.
Faut-il un grand écran ? Un monnayeur ? Du sans contact uniquement, ou aussi l'insertion de carte ? Chaque réponse oriente le choix du matériel, et un mauvais choix à ce stade se traîne pendant toute la vie du produit.
4. Comment la borne va-t-elle communiquer avec votre machine ?
Il n'y a pas de cas type. Parfois la machine dispose d'un protocole établi et documenté. Parfois il n'existe rien, et tout est à définir. Parfois encore, le client a déjà du matériel en place, qu'il faut reprendre tel quel.
À cela s'ajoute toute la partie électrique : alimentation, câblage, liaison avec la carte de commande. Selon les compétences de chacun, c'est souvent l'angle mort du projet, et l'endroit où le logiciel et le matériel se renvoient les problèmes.
5. Votre produit pourra-t-il évoluer ?
Une borne qui fonctionne aujourd'hui devra demain produire des statistiques, accepter un nouveau moyen de paiement ou s'adapter à un autre site.
Tout ce qui n'a pas été anticipé coûte du temps et de l'argent. Stocker proprement les données dès le départ, rendre la borne paramétrable plutôt que figée : pensés au début, ces choix coûtent peu. Ajoutés après coup, ils obligent à revenir sur ce qui existe déjà.
Cadrer avant de développer
Ces questions n'ont rien de spectaculaire, mais ce sont elles qui décident du coût réel d'un projet. Les poser dès le départ, c'est éviter les mauvais choix de matériel et les développements à refaire.
C'est par là que commencent les projets que j'accompagne : comprendre ce que votre produit doit faire, puis tout ce qu'il doit gérer quand les choses ne se passent pas comme prévu.